La vie amoureuse des orchidées

La vie amoureuse des orchidées

Ochidée commune de nos jardineries, espèce Phalaenopsis

Une fleur fantasmagorique au nom évocateur

Les orchidées fascinent l’Homme depuis bien longtemps. Elles sont le symbole de l’Amour, du raffinement, de l’élégance et de la sensualité.

Certaines espèces dont la Vanille (et oui c’est une orchidée !) sont considérées comme aphrodisiaques et utilisées en Amérique du Sud et Centrale pour résoudre des problèmes de fertilité masculine.

Plutôt associée à la féminité aujourd’hui, son nom grec signifie pourtant « testicules » en référence à la forme des tubercules (= tige souterraine, comme le sont les pommes des terre par exemple) de certaines espèces et était un symbole de virilité dans la Grèce Antique.

Fleurs et plantes fascinantes, les orchidées ont une vie amoureuse bien particulière. Elles usent de tout leur charme au profit de la reproduction. 

Petit focus sur la fleur et ses organes reproducteurs

La fleur d’orchidée, comme beaucoup d’autres fleurs est l’organe où se situent les organes sexuels de la plante, nécessaires à la formation de fruits puis de graines qui permettront de redonner une nouvelle plante.

C’est aussi une usine à nectar, ce liquide sucré, mielleux dont raffolent les insectes (papillons, mouches, abeilles) et même parfois des colibris. Ce nectar joue un rôle précieux dans la reproduction. En effet, en venant boire le nectar sucré, les insectes et animaux pollinisateurs se frottent contre les organes produisant le pollen (deux petits sacs appelés pollinies chez les orchidées) et ils se retrouvent avec du pollen collé partout. Lorsqu’ils vont visiter une autre fleur, ils vont donc involontairement laisser tomber ce pollen assurant la fécondation. La fleur va donc pouvoir produire des graines qui pourront tomber à terre, ou être emportées par le vent, germer un peu plus loin et redonner une nouvelle plante, assurant la reproduction de l’espèce.

Les pollinisateurs sont les acteurs indispensables pour assurer la reproduction des plantes et notamment de ces orchidées. Celles-ci ont donc développé des stratégies très originales pour les attirer !  

Schéma simplifié des organes d’une orchidée et notamment de la fleur où se cache le pollen

Des fleurs trompeuses

Que ce soit par leurs couleurs, leur odeur, ou leur forme, les orchidées rusent d’imagination pour plaire à leur insecte favori ! Tout est permis : pièges à odeur,  pastiches visuels et même catapulte à pollen !

Beaucoup d’espèces sont mimétiques c’est-à-dire qu’elles ont développé toute une panoplie pour imiter par leur parfum, apparence ou texture un insecte ou un leurre qui peut attirer un insecte pollinisateur.

  • Imitation de l’odeur (les phéromones sexuelles) des insectes femelles pour attirer les mâles. C’est le cas de
    l’« orchidée abeille » ou Orphys apifera. Cette orchidée va même plus loin dans l’imitation, sa fleur étant physiquement presque identique à la femelle de cette abeille solitaire pollinisatrice. Elle a la même couleur,
    la même taille et présente des petits poils similaires à ceux de l’abdomen de l’abeille femme. Le mâle croit donc avoir trouvé sa dulcinée et se place en position de pseudo-copulation, ramassant au passage le précieux pollen avant de s’envoler s’apercevant de sa méprise !
  • Imitation de la forme des ailes des papillons femelles. La fleur des orchidées que l’on retrouve souvent dans nos salons, du genre Phalaénopsis, est donc aussi un leurre à insecte.
  • Une autre orchidée a joué la carte de l’odeur pour attirer son pollinisateur favori, mais elle n’a pas choisi un parfum subtil c’est le moins qu’on puisse dire, ni rivalisé de beauté. La gigantesque orchidée Bulbophyllum phalaenopsis présente des pétales rouge pourpre qui rappellent en effet… la viande pourrie et grouillent d’excroissances mimant des asticots et surtout elle émet une odeur nauséabonde pour attirer son alliée pollinisatrice : la mouche à charogne.
  • Adaptation de la fleur à la trompe des papillons pollinisateurs : l’orchidée de Darwin (espèce Angracum)
    a caché son pollen au fond d’un éperon de 30cm uniquement atteignable par le papillon nocturne Xanthopan morgani praedicta, dont la trompe est juste assez longue pour aller le chercher.
  • D’autres orchidées ont développé des stratégies encore plus originales et… sportives : l’orchidée Catasetumou orchidée arbalète lance ses petits sacs à pollen (pollinies) sur la tête de son pollinisateur quand celui-ci la frôle ou rentre dans sa fleur.
Pollinisation de l’orchidée abeille ‘Orphys apifera » mimant l’abeille femelle

Orchidée bulbophyllum-phalaenopsis

Pourquoi cette évolution originale ?

Les orchidées produisent un pollen assez lourd et bien caché, qui ne peut être transporté facilement par le vent. Elles comptent donc presque exclusivement sur les insectes pollinisateurs pour se reproduire.

De plus elles ne produisent pas beaucoup de pollen (2 petits sacs seulement = pollinies par fleur) comparé à d’autres plantes comme les  graminées qui en produisent beaucoup. Si elles veulent réussir à se reproduire, il faut que ces deux petits sacs soient transportés dans une autre fleur de la même espèce, et pas dans un coquelicot par exemple ! Elles ont donc essayé de tout faire pour plaire à leur pollinisateur préféré. Une orchidée a donc souvent un unique insecte pollinisateur attitré, un favori, qui lui aussi lui est fidèle en retour.

Un équilibre fragile comme on peut le voir sur l’exemple de la Vanille.

L’orchidée vanillier (vanilla planifolia en latin) produit la fameuse vanille avec laquelle on parfume notamment nos desserts !

Ce sont des abeilles particulières du genre Mellipone qui les pollinisent et on peut les trouver uniquement dans le pays d’origine des vanilliers, elles ne survivent pas ailleurs. On parle de relation co-évolutive. Aujourd’hui pourtant elles sont aussi menacées de disparition comme leurs cousines des autres pays.

Pour pouvoir cultiver de la vanille dans d’autres pays et répondre à la demande mondiale croissante pour ce produit de luxe, l’homme a donc dû mimer lui-même le comportement de l’abeille et il vient féconder à la main avec un petit pinceau les fleurs. Cela explique aussi le prix très élevé des gousses de vanille naturelle et leur rareté.


Fécondation manuelle d’une fleur de l’orchidée vanilla pour permettre la production de vanille

Une autre forme de reproduction : keiki

De temps en temps, certaines orchidées sont aussi capables de se reproduire seules en formant des keiki. Un mot hawaien signifiant « bébé », c’est une petite pousse qui deviendra une nouvelle petite orchidée, produite sur une tige florale (espèce Phalaenopsis, Vanda que tu peux avoir à la maison) ou sur les pseudo-bulbes des dendrobium.

Une championne de la symbiose mais un écosystème fragile

orchidée sauvage
Orchidée Sauvage des Pyrénées

Toutes les stratégies sont donc bonnes pour les orchidées afin de survivre en s’acclimatant à leur milieu. L’orchidée est une championne de la beauté et de la symbiose. C’est-à-dire qu’elle se développe en coopération avec les plantes, les insectes qui l’entourent.

Elles peuvent être :

* épiphytes : ce sont principalement celles poussant en région tropicale, elles n’ont pas besoin de terre pour pousser, se servant d’un support – branche, tronc pour s’accrocher avec leurs racines. Elles ne le parasitent pas, elles absorbent l’eau et les minéraux de l’air.

* lithophytes : même principe que les épiphytes mais sur les minéraux (rochers, laves …)

* terrestres : poussent sur un substrat terreur. C’est celles que l’on pourra observer en forêt ou dans une prairie dans nos régions.

Les orchidées ou Orchidacées constituent une immense famille de plantes à fleurs. On a recensé dans le monde plus de 30 000 espèces d’orchidées, et on continue de faire de nouvelles découvertes. Ajouté à cela, les 150 000 croisements réalisés en jardinerie qui ont produit de nouvelles plantes. On peut les retrouver partout sur la planète, même si elles affectionnent principalement les zones humides tropicales.

Mais pour autant elles sont aussi fragiles, et à l’état sauvage de plus en plus menacées. Les orchidées sauvages de nos régions sont de plus en plus rares, du fait de la dégradation de biotope, la disparation des insectes pollinisateurs et les cueillettes intensives. Si vous avez la chance d’en observer une en vous promenant, surtout ne la ramassez pas mais profitez avec les yeux de sa beauté ! 

Des trésors à protéger et découvrir ! 

« Observer la nature permet aussi de comprendre comment nous pourrions nous adapter afin de nous développer sans impacter la biodiversité! »

Photos, schémas et textes: Nathalie Faggianelli

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